Blanche-Smog et le fard somnifère

Paru dans L’Erba Voglio n° 3-4, février 1972

Dans l’un des plus hauts gratte-ciels de Milan vivait une famille en or composée d’une fille, de son père et de sa belle-mère. La fille s’appelait Blanche-Neige, mais à cause du smog qui l’avait noircie, les gens l’appelaient Blanche-Smog. Elle aimait porter des minijupes et se maquiller. La belle-mère, qui hélas n’avait pas des jambes aussi séduisantes que celles de Blanche-Smog, était forcée de porter seulement des jupes longues. Il faut savoir que la belle-mère avait une télé-spatiale, à qui elle demandait qui était la personne qui avait les plus belles jambes de Milan ; et la télé-spatiale répondait toujours : « c’est Blanche-Smog ».

Un jour la belle-mère fit appel à un tueur à gages et lui demanda de perdre Blanche-Smog dans la ville. Quand ils furent arrivés dans le quartier des usines, il l’enferma dans un sombre cagibi. Vers midi, sept ouvriers la délivrèrent et l’emmenèrent dans leur misérable logement.

La belle-mère, convaincue de la disparition de Blanche-Smog, voulut interroger sa télé-spatiale, qui répondit comme toujours : « c’est Blanche-Smog, qui se trouve dans un appartement au 33, rue Gorizia ».

La belle-mère terrorisée appela Alighiero Noschese* et le déguisa en représentant de commerce des produits Avon**. Noschese présenta à Blanche-Smog un fard à paupières qui produisait des rayons X capables d’endormir quiconque l’essayait.

Blanche-Smog tomba à la renverse, profondément endormie. Lorsque les sept ouvriers rentrèrent à la maison, ils s’assirent autour du lit sur lequel Blanche-Smog était étendue. L’un d’eux s’assit près de l’oreiller, ses larmes coulèrent sur les yeux de Blanche-Smog et lui ôtèrent le fard somnifère. Blanche-Smog retrouva ses sens, courut se nettoyer les yeux, et se promit de ne plus se maquiller. La belle-mère rappela alors Noschese, mais l’habilla cette fois-ci en vendeur de jupes. Blanche-Smog ne résista pas à la tentation d’en essayer une. Elle s’évanouit immédiatement et Noschese s’échappa de nouveau. Encore une fois les ouvriers s’assirent autour du lit en pleurant. Giacomo Agostini***, qui l’apprit, fonça sur sa moto « M.V. Augusto » en direction du 33, rue Gorizia, où il fut accueilli par les sept qui le guidèrent vers Blanche-Smog ; alors qu’il la prenait dans ses bras, la ceinture qui lui comprimait les hanches se détacha et Blanche-Smog reprit connaissance.

Il l’emmena en voyage de noces sur le « circuit de Monza » où ils se marièrent.

(extrait de Il Piffero, n°1, décembre 1971, journal d’une Ia media du collège Forlanini de Sesto San Giovanni)

* Célèbre imitateur et comédien italien, également animateur de télévision, connu pour ses interprétations déguisées de personnages variés

** Entreprise américaine de cosmétiques et parfums

*** Champion du monde de moto le plus titré de l’histoire, presque toujours sur sa fameuse M.V. Augusta