La monnaie

« La monnaie joue le rôle délicat de chaînon médiateur entre l’être et la conscience »

Alfred Sohn-Rethel

Alfred Sohn-Rethel fait partie, avec Walter Benjamin ou Sigfried Kracauer, de ces outsiders de l’École de Francfort. La thèse qu’il défendra toute sa vie repose sur une intuition de jeunesse : les catégories de l’entendement – celles qui sont l’a priori de nos différentes perceptions du monde dans la philosophie kantienne – ne sont pas de tout temps et de toute éternité, mais sont construites historiquement. L’originalité de Sohn-Rethel, c’est de mettre en avant la fonction de l’argent comme liant commun entre les individus pourtant séparés les uns des autres. Cette recherche avance que c’est lors de la première frappe de la monnaie, en Ionie et en Lydie dans la Grèce antique, que les catégories abstraites ont pu naître, engageant ainsi une pensée qui se sépare progressivement de tout rapport avec le monde concret. Cette histoire, c’est celle d’un véritable renversement de perspective, où la matérialité du monde se soumet à la pensée abstraite et où le travail intellectuel finit par dominer le travail manuel – renversement qui trouvera son point d’aboutissement dans le capitalisme et les conceptions modernes de la science.

La monnaie [Alfred Sohn-Rethel]
Traduit de l’allemand par Françoise Willmann
ISBN : 9791094512036 – 336 pages – 12,00 €
A paraître le 01/11/2017


EN MARGE DU LIVRE

  • Article de Bruno Latour dans Le monde des livres – Qui a la parole ? Kant dévoré par Marx
    Les a priori de la pensée, imaginés par Kant, sont les a posteriori de l’expérience de la monnaie. Suivez le développement de la monnaie depuis l’Antiquité jusqu’à l’après-guerre, vous comprendrez pourquoi l’esprit peut se servir de ce mode si exotique de ­déplacement pour penser tous les objets du monde, depuis l’être de Parménide jusqu’à l’obsession des soviets pour l’automatisation totale.