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Qui contesterait un énoncé d’une telle évidence : « Ça joue. »
C’est le genre de vérité d’entrée de gamme, qu’un simple soupçon réalise : si tu te demandes si c’est vrai, c’est déjà un peu vrai, et si c’est un peu vrai te voilà possédé.
Si tu veux tu peux invoquer des « règles », une « étiquette », un « juge », un « algorithme éthique » ; tu peux, les yeux mouillés d’honneur, en appeler à un sursaut général de « fair play » : c’est ok, c’est noté – chacun de ces moves est un moment du jeu.
D’ailleurs, ça jouerait plus, tu le saurais pas.
Tu constaterais la fin du monde avant la fin du game.

Quelle poésie peut avoir un sens dans un monde intégralement régulé et saturé de discours gestionnaires ?
Ce livre explore l’infrastructure subjective qui rend possible la perpétuation du jeu en cours, et les voies qui permettent, peut-être, de déjouer. Il développe une poétique fondée sur une étrange exploitation du dispositif autobiographique classique : le « je » est atomisé par l’emploi de tous les pronoms, qui correspondent aux différents modes de subjectivation inculqués depuis l’enfance. La forme confessionnelle s’en voit scrupuleusement dissoute, pour mieux objectiver l’identité générique de son promoteur : le bourgeois. On assiste à la constitution du « Monsieur », personnage social dressé à l’entrepreneuriat et à l’exploitation par une inquiétante entité nommée « Formation ». Naît alors une scission entre le sujet qui hérite de ce mandat et celui qui, réfractaire ou simplement inapte, prend la tangente.

Antoine Hummel est poète. Il vit à Marseille. Il a publié Est-ce qu’il se passe quelque choseaux éditions Eric Pesty en 2020 et Le club aux éditions Zoème en 2024.

Description

Ça joue. Fanfare confessionnelle [Antoine Hummel]
ISBN : 9791094512357 – 14 × 21 cm – 208 pages – 18,00 €
En librairie le 09/02/2024

En marge du livre

Et voilà qu’un livre est revenu plusieurs fois, dans ces échanges, celui d’Antoine Hummel. Un livre qui s’appelle Ca joue et dont nous avons fini par être curieuses. Bien nous en a pris, car en effet, c’est un livre où ça joue. Ça joue au sens de bouger. Ça pense, ça parle. ça trace, ça avance et ça rigole aussi, même si parfois ça rit jaune.

C’est aussi revenir à la racine : 13 ans, ce moment où le Monsieur qui pointe est « diagnostiqué demi-portion et no-life dès la cour de
récré ». Ça part mal donc bien, puisque ce fut la condition pour espérer pouvoir devoir devenir poète (les variations sur pouvoir, devoir, devoir pouvoir et pouvoir devoir donnent lieu dans le livre à des combinaisons qui en vidangent, au sens évier débouché, le sens).

Que dit un hétérocurieux, cet allié irritant, quand on l’interroge sur ses raisons et ses modes  ? Il essaie, comme il l’a toujours fait, d’être un
bon élève. Et c’est peut-être parce qu’il n’y arrive pas, que ses expressions et ses affectations sont celles d’un cancre besogneux, d’un
bourrin de fond de classe, qu’il peut quitter le mode ronronnant de l’allyship et devenir un partner in crime.